À l’occasion d’une interview-bilan, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Togolais de l’extérieur, Professeur Robert Dussey, a dressé un panorama dense et ambitieux de l’action diplomatique du Togo en 2025. Entre panafricanisme assumé, médiation pour la paix, plaidoyer pour la réparation des injustices historiques et diversification des partenariats, Lomé s’impose comme un acteur diplomatique de premier plan.
Dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, le recul du multilatéralisme et l’émergence d’un monde multipolaire, le Togo a fait le choix d’une diplomatie offensive et engagée. Sous l’impulsion du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, la politique étrangère togolaise s’est structurée autour de priorités claires : la promotion de la paix, la défense des intérêts africains, la mobilisation des diasporas et la lutte pour la réparation des injustices historiques subies par les peuples africains.
Pour Robert Dussey, l’ambition est sans équivoque : permettre à l’Afrique de parler d’une seule voix et de peser sur les grandes orientations mondiales. « Il est temps que l’Afrique prenne conscience de sa force réelle et de sa véritable place dans le monde », rappelle-t-il, citant le chef de l’État à l’ouverture du 9ᵉ Congrès panafricain.
Le 9ᵉ Congrès panafricain de Lomé, point d’orgue de l’année
Moment phare de l’année diplomatique, le 9ᵉ Congrès panafricain s’est tenu à Lomé du 8 au 12 décembre 2025, faisant du Togo l’épicentre du panafricanisme contemporain. Organisé dans le cadre de l’Agenda 2021-2031 de l’Union africaine, l’événement a rassemblé États africains, pays de la diaspora, organisations afrodescendantes, jeunes et femmes autour du thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ».
La déclaration finale du Congrès, intégrant les conclusions de six précongrès régionaux, constitue son principal livrable. Elle réaffirme notamment l’exigence d’une réforme du système multilatéral, avec l’octroi à l’Afrique de deux sièges permanents et cinq sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU, conformément au Consensus d’Ezulwini.
Six décisions majeures ont été prises pour garantir la mise en œuvre effective des recommandations, dont la coordination du suivi confiée au Togo, l’institutionnalisation d’une Journée panafricaine de mémoire, et la saisine de l’Assemblée générale des Nations unies sur la question des réparations et restitutions.
Réparations et vérité historique : un combat assumé
Au-delà du Congrès, l’année 2025 a été marquée par un engagement soutenu du Togo pour la reconnaissance de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation comme crimes contre l’humanité et crimes de génocide. Une décision historique, portée par Lomé, a été adoptée à l’unanimité par l’Union africaine en février 2025.
De Berlin à Londres, de Dubrovnik à Addis-Abeba, d’Alger à Genève et à New York, Robert Dussey a multiplié les prises de parole pour plaider en faveur de la reconnaissance, du dialogue et de la réparation. Pour le ministre, il ne s’agit pas de victimisation, mais d’un impératif moral et politique pour construire des relations internationales fondées sur la vérité et la justice.
Autre axe majeur de l’action diplomatique togolaise : la paix et la sécurité. Désigné médiateur de l’Union africaine dans la crise à l’Est de la République démocratique du Congo, le Président du Conseil a conduit une médiation active, privilégiant le dialogue et la concertation.
Les efforts togolais ont contribué à la coordination des initiatives africaines, américaines et qataries, notamment dans le cadre des accords de Washington signés le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda. En parallèle, Lomé et Paris ont coorganisé une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, afin de répondre à l’urgence humanitaire.
Une coopération internationale diversifiée et pragmatique
Contrairement aux craintes, l’activisme panafricain et multilatéral du Togo ne s’est pas fait au détriment de la défense de ses intérêts nationaux. En 2025, le pays a élargi et consolidé son réseau de partenariats : ouverture d’une ambassade à Abu Dhabi, renforcement des relations avec le Vietnam, la Turquie, le Cambodge, Singapour, la Russie, Cuba, le Japon, l’Allemagne, l’Australie, le Kazakhstan et les Philippines.
Les domaines de coopération couvrent l’agriculture, les ports, l’industrie, l’énergie, la santé, la technologie, la sécurité et la mobilité. Les relations avec l’Union européenne sont également jugées « au beau fixe », avec un dialogue de partenariat soutenu et une participation active aux sommets UE-UA et UE-Afrique.
À l’issue de l’année 2025, la diplomatie togolaise apparaît plus que jamais comme une diplomatie de conviction, de médiation et d’initiative, portée par une vision panafricaine affirmée et une volonté claire de repositionner le Togo et l’Afrique dans le concert des nations.
