Présent à Lomé pour le 9ᵉ Congrès panafricain, où il intervenait en tant qu’observateur reconnu des processus démocratiques, Oumar Thomson Belem, président de l’Institut Africa Solidarité (IAS), a accepté de revenir sur les événements qui ont secoué la Guinée-Bissau. Premier témoin direct du renversement du président Umaro Sissoco Embaló, il livre un récit sans détour, évoquant un “vrai coup d’État”, les manipulations attribuées à l’opposition et les défaillances de la CEDEAO.
Selon Oumar Thomson Belem, les événements du 26 et 27 novembre ne laissent aucune ambiguïté. Il raconte avoir été convoqué en toute discrétion par le président Embaló au palais, où il découvre une atmosphère tendue et des soupçons de manipulation électorale imputés à l’opposition.
Le lendemain, les tensions montent d’un cran lorsque l’opposition se rend à la commission électorale pour s’emparer des résultats. Embaló est alors intercepté par des officiers — le CMGA, le général Thomas Gassy, et le président de la CNE, le général Orta Inka — qui l’emmènent à l’état-major. “Il était même prévu de l’exécuter. C’est le CMGA qui a refusé”, affirme Belem.
Une intervention diplomatique de dernière minute aurait permis d’exfiltrer le président vers Dakar puis Brazzaville.
« Ce n’est pas parce qu’il avait encore son téléphone que ce n’était pas un vrai coup d’État », insiste-t-il.
Contrairement à ce qui a circulé, Oumar Thomson Belem assure qu’Embaló ne s’était pas autoproclamé vainqueur.
« C’est la commission électorale qui lui donnait 65 % des voix, ce sont les résultats provisoires », rappelle-t-il.
Il accuse l’opposition d’avoir fait venir des ressortissants étrangers pour manipuler les suffrages et d’avoir subtilisé les vrais procès-verbaux. “À partir de ce moment, il était impossible d’annoncer les résultats.”
“La CEDEAO n’interviendra pas : c’est du fake”
L’autre point sur lequel Belem est catégorique est l’idée d’une intervention de la CEDEAO pour rétablir Embaló serait totalement infondée.
« La CEDEAO aurait dû intervenir le 27 novembre. Pas maintenant. Ce qu’on raconte aujourd’hui, c’est du fake », tranche-t-il.
Selon lui, l’organisation régionale souffre d’un profond manque de solidarité interne et traverse une crise existentielle : « Elle risque même de disparaître ».
À la question d’un éventuel retour au pouvoir du président renversé, Belem est clair. Le président de l’IAS souligne qu’il n’a aucune chance que le Chef de l’Etat soit rétabli.
Mais il estime qu’en cas de nouvelle élection, Embaló resterait le candidat le plus populaire.
« Il a affronté les narcotrafiquants qui dominaient le pays depuis des années », a révélé Oumar Thomson Belem.
Selon lui, les putschs successifs en Afrique de l’Ouest sont la conséquence directe d’un manque de cohésion politique régionale.
« Un chef d’État peut convoquer un sommet et personne ne vient. Il n’y a pas de solidarité entre eux », déplore-t-il.
En guise de conclusion, l’observateur lance un appel à la vigilance.
« Les narcotrafiquants veulent reprendre la main. Le peuple doit protéger son pays. Embaló est l’un des rares à pouvoir gérer ces menaces ».
