La Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) a commémoré jeudi le sixième anniversaire du 22 février 2020, date qu’elle qualifie de bascule souverainiste dans l’histoire politique togolaise. Face à la presse nationale et internationale, le mouvement a décliné un bilan de six années de résistance et réaffirmé son ambition de refondation éthique et souveraine du pays.
Dans une déclaration liminaire solennelle, les responsables de la DMK ont rendu hommage au triumvirat qu’ils présentent comme sacrificiel, composé de Sylvanus Epiphanio Kwami Olympio, de Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo et de Philippe Fanoko Kpodzro. Le mouvement inscrit son action dans l’héritage de ces figures et affirme poursuivre une lutte pacifique pour la souveraineté intégrale du Togo.
Un récit de résilience territoriale et humanitaire
Sur le plan organisationnel, la DMK revendique la mise en place d’un maillage territorial structuré autour d’une centaine de référents régionaux, préfectoraux et communaux. La coordination nationale, restructurée en décembre 2025, aurait récemment effectué une mission dans les régions des Savanes, de la Kara et Centrale afin de consolider ses bases.
Le mouvement met également en avant ses initiatives sociales. L’Opération Togo Solidaire, menée entre 2022 et 2023, aurait permis l’acheminement de biens de première nécessité vers des populations affectées par l’insécurité dans le nord du pays. Un programme baptisé SOS Enfants Prisonniers Togo aurait pris en charge plus d’une centaine d’enfants de détenus présentés comme politiques. La DMK affirme avoir apporté un soutien matériel et juridique à plusieurs prisonniers et contribué à des libérations.
Ces actions sont mises en perspective avec la situation du pays dans l’Indice des États fragiles, qui classe régulièrement le Togo parmi les États sous forte pression structurelle.
Doctrine SITO et manifeste REST
Au cœur de son projet politique, la DMK promeut la doctrine dite de la Souveraineté intégrale du Togo, SITO, qui se veut un cadre global englobant sécurité stratégique, gouvernance, diplomatie et dimension spirituelle. Cette doctrine s’incarne dans le Manifeste de Refondation Éthique et Souveraine du Togo, REST.
Le manifeste prévoit notamment l’organisation d’assises nationales souveraines, la dissolution des institutions jugées illégitimes par le mouvement, la mise en place d’un gouvernement de transition consensuel et l’élection d’une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution soumise à référendum.
Sur le plan économique et monétaire, la DMK évoque le rétablissement d’une banque centrale togolaise et d’une monnaie nationale adossée à l’or, ainsi qu’un audit des réserves nationales. Le programme inclut également des mesures sociales telles que des allocations de solidarité, un accompagnement des travailleurs du secteur informel et une réforme profonde de la gouvernance sécuritaire.
Le projet comporte enfin la création de centres d’excellence stratégique et d’une université polytechnique à Badou Tomégbé, présentés comme des piliers d’une transformation éthique, scientifique et institutionnelle.
Saisine du Conseil de sécurité et appel à la médiation
La DMK a confirmé avoir saisi le 5 février 2026 le Conseil de sécurité des Nations unies pour solliciter une médiation directe en vue d’une sortie de crise pacifique. Le mouvement invoque l’article 40 du chapitre VII de la Charte des Nations unies et appelle à une implication internationale qu’il juge nécessaire face à ce qu’il qualifie de crise profonde et durable.
Dans le même élan, la DMK indique avoir saisi la Conférence épiscopale du Togo ainsi que des responsables religieux et traditionnels afin de favoriser un cadre de dialogue national inclusif.
Les dirigeants du mouvement dénoncent par ailleurs la tenue d’un nouveau dialogue politique qu’ils estiment unilatéral et non inclusif. Ils appellent à un rassemblement des forces politiques et sociales autour d’un front patriotique pacifique, dans le respect de la Constitution de 1992 qu’ils considèrent toujours comme la base légitime du droit.
Entre mémoire et projection
Six ans après le scrutin contesté de 2020, la DMK affirme ne pas se situer dans une logique d’opposition de façade mais dans une dynamique de transformation structurelle. Elle insiste sur le caractère pacifique de sa démarche, tout en maintenant un discours ferme sur la souveraineté nationale et la nécessité de réparations.
Dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques et des recompositions économiques, le mouvement se projette comme acteur d’une alternative togolaise articulant réforme institutionnelle, justice transitionnelle et mobilisation citoyenne.
Reste à savoir quelle audience concrète cette stratégie trouvera sur l’échiquier politique national et auprès des partenaires internationaux. Pour la DMK, le 22 février demeure un marqueur fondateur et un horizon mobilisateur.
