Au Sommet mondial sur l’intelligence artificielle et le numérique, organisé du 19 au 22 octobre 2026 à Séoul, la ministre togolaise chargée de la Transformation numérique, Cina Lawson, porte une approche qui associe innovation technologique, protection sociale et développement des compétences. À travers quatre initiatives nationales, elle met en avant une vision du numérique orientée vers les besoins des populations et les défis des économies en développement.
Une vision stratégique qui place les populations au cœur du numérique
À Séoul, Cina Lawson défend une conception de l’intelligence artificielle qui ne se limite pas à la performance technologique. L’enjeu est aussi de faire de ces outils des leviers d’inclusion sociale, d’amélioration des services publics et de développement économique.
Cette orientation se reflète dans les initiatives présentées par le Togo lors de ce rendez-vous international. Le pays entend montrer comment les technologies numériques peuvent répondre à des besoins concrets, qu’il s’agisse d’accompagner les populations vulnérables, de former les jeunes ou de rendre les outils numériques plus accessibles.
Cette approche met en évidence une qualité essentielle dans la conduite de la transformation numérique : la capacité à relier les possibilités offertes par la technologie aux réalités quotidiennes des citoyens.
Novissi, l’innovation au service de la solidarité
Parmi les initiatives mises en avant figure Novissi, le programme de transferts monétaires lancé pendant la pandémie de Covid-19 pour soutenir les populations vulnérables.
Ce dispositif a mobilisé des outils numériques pour faciliter l’identification des bénéficiaires et la distribution des aides. La Banque mondiale a notamment documenté le recours à l’apprentissage automatique et aux données satellitaires dans une approche destinée à mieux cibler les populations les plus pauvres.
Novissi illustre ainsi la volonté de mettre l’innovation au service de la protection sociale. Il témoigne également de l’importance d’une vision qui considère le numérique non comme une fin en soi, mais comme un moyen d’améliorer la réponse publique face aux difficultés sociales.
En présentant cette expérience à l’international, Cina Lawson met en lumière un cas d’usage concret des technologies dans un contexte de crise, tout en soulignant leur potentiel pour les politiques publiques des économies en développement.
Miser sur les compétences pour préparer l’avenir
La transformation numérique ne peut produire pleinement ses effets sans des ressources humaines capables de concevoir, de maîtriser et d’utiliser les nouvelles technologies. Le développement des compétences constitue donc un autre axe important de la démarche togolaise.
Le programme national de formation présenté à Séoul associe notamment programmation informatique, apprentissage de l’anglais et acquisition de compétences numériques. Cette orientation répond à un double enjeu : préparer les jeunes aux évolutions du marché du travail et élargir leur accès aux opportunités de l’économie numérique.
À travers cette priorité, la démarche portée par la ministre souligne l’importance de l’investissement dans le capital humain. Les infrastructures et les outils technologiques ne suffisent pas à eux seuls ; leur utilité dépend aussi de la capacité des citoyens à s’en approprier les usages.
« Voix du Togo », une intelligence artificielle attentive aux langues locales
Autre initiative révélatrice de cette approche, « Voix du Togo » vise à constituer des ressources linguistiques permettant aux systèmes d’intelligence artificielle de mieux comprendre les langues locales.
Ce chantier répond à un défi majeur : rendre les technologies plus accessibles à des populations dont les langues ne sont pas toujours suffisamment représentées dans les outils numériques.
En donnant une place aux langues togolaises dans le développement de l’intelligence artificielle, le projet cherche à rapprocher l’innovation des réalités culturelles et linguistiques du pays. Il ouvre également des perspectives pour la création de services numériques mieux adaptés aux besoins des utilisateurs.
Cette initiative met en avant une dimension importante de la transformation digitale : l’innovation ne prend tout son sens que si elle tient compte de la diversité des populations auxquelles elle s’adresse.
La connectivité, condition indispensable de la transformation numérique
La vision présentée à Séoul s’appuie également sur un enjeu fondamental : l’accès aux infrastructures. Sans une connexion fiable et suffisamment étendue, les bénéfices de l’intelligence artificielle et des services numériques risquent de rester limités à une partie de la population.
Soutenu par la Banque mondiale, le Projet d’accélération numérique du Togo prévoit d’étendre la connectivité à des institutions publiques, notamment les écoles, les établissements de santé et les administrations locales. Un premier financement de 100 millions de dollars a été approuvé en décembre 2024.
Ce projet traduit une approche qui associe les ambitions technologiques aux conditions matérielles nécessaires à leur réalisation. Il s’agit de créer un environnement permettant aux services numériques de toucher davantage de citoyens et de contribuer à la modernisation de secteurs essentiels.
La connectivité apparaît ainsi comme un levier transversal, susceptible de soutenir l’éducation, la santé, l’administration publique et l’activité économique.
Cina Lawson, une démarche fondée sur des priorités concrètes
La participation de Cina Lawson au sommet de Séoul met en relief plusieurs dimensions de son action dans le domaine numérique : la recherche de solutions pratiques, l’attention portée à l’inclusion, l’investissement dans les compétences et la prise en compte des réalités locales.
Plutôt que de présenter l’intelligence artificielle comme une promesse abstraite, les quatre initiatives togolaises permettent d’aborder ses applications dans des domaines précis : la solidarité, la formation, les langues locales et l’accès à Internet.
Cette démarche s’inscrit dans les discussions internationales sur la manière dont les économies en développement peuvent tirer parti des nouvelles technologies. Elle pose aussi une question essentielle pour le Togo : comment transformer les initiatives numériques en résultats durables pour les citoyens, les entreprises et les services publics ?
Au-delà de la visibilité internationale, l’enjeu sera de consolider ces projets, d’en mesurer les effets et d’élargir progressivement leurs bénéfices. C’est à cette capacité de mise en œuvre que se mesurera, dans la durée, la portée de la transformation numérique engagée par le pays.
