Dans la gastronomie locale, les légumes-feuilles occupent une place importante. Parmi eux, l’Adémè, également appelé corète potagère (Corchorus olitorius), figure parmi les produits très appréciés en Afrique de l’Ouest. Utilisé dans plusieurs recettes traditionnelles, ce légume-feuille est particulièrement prisé pour ses qualités culinaires et nutritives.
L’Adémè porte différentes appellations selon les pays. Il est notamment connu sous le nom de « crincrin » au Bénin, « kplala » en Côte d’Ivoire ou encore « meloukhia » dans certaines régions d’Afrique du Nord. Au Togo, sa culture est particulièrement présente dans la partie sud du pays.
À Gbandidi, localité située à environ 244 kilomètres de Lomé, dans la préfecture du Bas-Mono, la culture de l’Adémè est devenue une activité largement pratiquée par les femmes. Pour plusieurs d’entre elles, cette production représente surtout une source importante de revenus.
Une culture pratiquée toute l’année
À Gbandidi, l’Adémè est cultivé tout au long de l’année. L’humidité naturelle des sols du Bas-Mono constitue un avantage pour cette culture et permet aux productrices de maintenir leur activité sur plusieurs périodes.
« Ici à Gbandidi, chaque femme a un champ d’Adémè qu’elle cultive tout au long de l’année. C’est une culture facile et nos terres sont vraiment adaptées à cela », explique Akossiwa Amouzouvi, épouse Disseh.
Mais cette activité agricole n’est pas sans difficultés. La principale menace reste les inondations, particulièrement entre juin et septembre, lorsque le fleuve Mono connaît des périodes de crue.
« Le problème que nous avons souvent, c’est l’inondation entre juin et septembre. En période de crue du fleuve Mono, nos champs sont souvent inondés et nos cultures sont détruites », déplore-t-elle.
Gbandidi mise sur une production sans engrais chimiques
Plusieurs villages de la région produisent de l’Adémè. À Gbandidi, les producteurs mettent cependant en avant une pratique agricole qui privilégie une production sans engrais chimiques.
Selon les acteurs de la filière, cette méthode contribuerait à maintenir la fraîcheur des feuilles et à préserver leur goût naturel. Cette caractéristique semble également participer à la réputation de l’Adémè produit dans la localité.

Des commerçantes venues de Lomé, notamment celles qui fréquentent les marchés d’Attikpodji et d’Hédranawé, figurent parmi les clientes des productrices de Gbandidi. Elles passent leurs commandes avant de se rendre directement dans la localité pour récupérer leurs marchandises.
La demande serait d’ailleurs régulièrement supérieure à l’offre. Les productrices expliquent que les récoltes trouvent rapidement preneur, ce qui les pousse à réfléchir à des moyens d’augmenter leur capacité de production.
De Gbandidi aux marchés du Bénin et d’Europe
La commercialisation de l’Adémè de Gbandidi dépasse désormais les marchés de proximité. Certaines productrices affirment recevoir des commandes en provenance du Bénin et travailler avec des personnes impliquées dans l’exportation de produits agricoles vers l’Europe.
« Il y a quelques femmes qui viennent du marché de Tokpa pour passer des commandes. Nous vendons aussi à un monsieur qui exporte des produits bio vers l’Europe. Nous aimons vendre à ce monsieur parce que c’est un bon payeur », raconte Da Adjoko, avec le sourire.
Cette ouverture vers d’autres marchés constitue une opportunité pour les femmes de Gbandidi, qui peuvent ainsi diversifier leurs débouchés et tirer davantage de revenus de leur production.
L’Adémè, entre alimentation et savoirs traditionnels
Au-delà de son utilisation alimentaire, l’Adémè occupe également une place dans certains savoirs traditionnels. Dans plusieurs communautés, il est associé à différentes pratiques et croyances, notamment dans le domaine du bien-être et de la médecine traditionnelle.
Des habitants lui attribuent ainsi des vertus dans la prise en charge traditionnelle de certaines affections, notamment l’anémie. Toutefois, ces pratiques traditionnelles ne sauraient se substituer à un diagnostic ou à un traitement médical approprié.
L’Adémè possède également une dimension spirituelle dans certaines croyances. Pour certains consommateurs, sa consommation est associée à des notions d’« ouverture » ou à la levée de certains blocages financiers. Ces croyances relèvent toutefois des traditions et des convictions personnelles.
« Gbandimah », une appellation qui gagne en popularité
La réputation de l’Adémè produit à Gbandidi semble progressivement s’étendre auprès des consommateurs de Lomé et d’autres localités.
Mme Raymonde Amouzou raconte avoir découvert le produit sur un marché de la capitale.
« C’est au marché d’Akodésséwa qu’une dame m’a proposé d’essayer le “Gbandimah”. Depuis ce jour, je l’ai adopté. J’avoue que depuis lors, j’ai vu une grande différence entre l’Adémè que je préparais et l’Adémè de Gbandidi. J’ai conseillé à plusieurs personnes de préférer l’Adémè de Gbandidi, encore appelé Gbandimah », témoigne-t-elle.
Pour les productrices, cette reconnaissance constitue un encouragement à poursuivre et à améliorer leur activité.
L’accompagnement technique, un maillon essentiel
Malgré les opportunités offertes par cette filière, les producteurs de la région sont confrontés à plusieurs défis, notamment les aléas climatiques et la nécessité d’améliorer les techniques de production.
Dans cette perspective, l’accompagnement technique apparaît comme un élément important pour renforcer les capacités des agriculteurs et développer de nouvelles filières agricoles dans le Bas-Mono et les zones environnantes.
Depuis plus de vingt ans, M. Djagué Disseh accompagne des producteurs de la région et intervient dans plusieurs projets agricoles. Son expérience dans le secteur en fait, selon les acteurs locaux, un accompagnateur engagé dans le développement agricole de la zone.
« Bientôt, nous allons introduire la culture du cacao dans le Bas-Mono », a-t-il confié à la rédaction de L’Express News.
Cette perspective illustre la volonté de diversifier les productions agricoles et de créer de nouvelles possibilités de revenus pour les populations rurales.
Un festival pour mieux valoriser l’Adémè
La valorisation de l’Adémè ne devrait pas se limiter à sa commercialisation. Un festival consacré à l’« Adémè dèssi » est actuellement en préparation.
L’objectif est de faire découvrir au public plusieurs façons de préparer la sauce d’Adémè, notamment à travers des recettes qui privilégient les assaisonnements traditionnels et limitent l’utilisation des cubes.
À Gbandidi, l’Adémè s’impose donc progressivement comme bien plus qu’un simple légume-feuille. Pour les femmes qui le cultivent, il représente une activité génératrice de revenus, tandis que pour la communauté, il constitue un produit local dont le potentiel économique et culturel reste encore à valoriser.
