vendredi, 23 janvier 2026

À l’occasion d’une conférence de presse tenue mardi, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) a relancé avec force le débat sur l’assassinat du premier président de la République togolaise, Sylvanus Olympio, survenu le 13 janvier 1963. Soixante-trois ans après ce drame fondateur, le parti d’opposition exige du gouvernement togolais qu’il demande officiellement à la France la déclassification complète des archives relatives à ce crime politique majeur.

Dans une déclaration liminaire l’ANC a rappelé que le président Sylvanus Olympio avait été assassiné à son domicile par des individus armés, dans un contexte qui n’a jamais été élucidé. Pire encore, selon le parti, ce crime aurait été « institutionnalisé, récompensé, célébré et sanctifié » par le pouvoir issu de ce coup de force, marquant l’entrée du Togo dans « une ère de violence politique, d’impunité et de mensonge d’État ».

S’appuyant sur les Journaux officiels de la République togolaise (JORT n°207, 208 et 210 de 1963), l’ANC affirme que, dès le 1er février 1963, soit 18 jours seulement après l’assassinat, les auteurs du crime ont été intégrés dans l’armée togolaise naissante, avec effet rétroactif au 1er janvier 1963. Ces individus faisaient partie d’un groupe de 39 militaires d’origine togolaise, démobilisés de l’armée coloniale française et revenus d’Algérie fin 1962.

Le parti souligne que cet assassinat a ouvert la voie à l’ascension du sergent-chef Étienne Eyadéma Gnassingbé, qui a lui-même revendiqué publiquement sa participation à l’acte. Ce dernier dirigera le Togo de 1967 jusqu’à sa mort en 2005, soit près de 38 ans, à la tête d’un régime qualifié par l’ANC de « dictature implacable », soutenue par une armée clanique et un parti-État, le RPT, devenu plus tard l’UNIR.

Une dénonciation du « panafricanisme opportuniste »
Au-delà de la question historique, l’ANC s’en est également prise à l’image panafricaniste que cherchent aujourd’hui à projeter les autorités togolaises. Pour le parti, cette posture relève de « l’imposture » et constitue « une insulte à l’histoire africaine » ainsi qu’à la mémoire de Sylvanus Olympio, présenté comme un panafricaniste authentique, respecté sur la scène internationale et engagé pour une indépendance réelle de l’Afrique.

L’ANC cite en exemple les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, qu’elle juge contradictoires. Elle rappelle qu’après avoir reçu en 2012 la Légion d’honneur française, ce dernier déclarait en 2023 à la tribune des Nations unies que « les Africains sont fatigués de l’Occident ». Pour l’ANC, ces prises de position traduisent une absence de cohérence politique, de conviction idéologique et de considération éthique.

Le parti est également revenu sur les travaux de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Il rappelle qu’en novembre 2012, son président, Mgr Nicodème Barrigah, avait recommandé au gouvernement togolais de demander à la France l’ouverture des archives de 1963 relatives à l’assassinat de Sylvanus Olympio, estimant cette démarche essentielle à l’apaisement et à la normalisation de la vie sociopolitique nationale.

L’ANC s’interroge : cette démarche a-t-elle été entreprise ? Et si non, n’est-ce pas la preuve d’une absence de volonté politique de faire toute la lumière sur cette tragédie ?
Des exigences claires au gouvernement

L’ANC exige solennellement, en ce début d’année 2026, que le gouvernement togolais demande officiellement aux autorités françaises la déclassification et l’ouverture complète, sans restriction, des archives relatives à l’assassinat du président Sylvanus Olympio ; œuvre résolument à la manifestation de la vérité historique sur les circonstances, les responsabilités et les complicités liées à ce crime politique et engage toutes les démarches politiques, diplomatiques et judiciaires nécessaires pour lever le verrou sur ce dossier.

Pour l’ANC, il est temps que le peuple togolais obtienne la vérité afin de pouvoir enfin faire le deuil de son premier président élu et se libérer d’un passé « sombre et non assumé »

Share.
Leave A Reply Cancel Reply

Exit mobile version