Le ton est grave et l’appel à la mobilisation sans équivoque. Le collège des pays producteurs de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) monte au créneau face à la chute préoccupante des prix sur le marché mondial.
Réunis ce mardi à Abidjan, l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs, et Michel Arrion, Directeur exécutif de l’ICCO, ont dressé un tableau inquiétant de la situation actuelle de la filière cacao. En première ligne : les petits producteurs, durement impactés par la déprime persistante des cours.
Représentant près de 95 % de la production mondiale, le collège des producteurs tiendra une réunion stratégique les 8 et 9 avril prochains par visioconférence. Une autre rencontre d’envergure est d’ores et déjà annoncée pour juin à Bruxelles. Objectif : analyser en profondeur les causes de cette volatilité et proposer des solutions concrètes pour stabiliser les prix.
Selon l’ambassadeur Aly Touré, la baisse des cours constitue aujourd’hui une menace directe pour les économies des pays fortement dépendants du cacao. « La question des prix sera centrale dans les discussions », a-t-il insisté, soulignant la nécessité d’identifier des mesures à court et long terme pour soutenir les producteurs.
Mais la tâche s’annonce complexe. Entre exigences des marchés internationaux, respect des règles de concurrence et enjeux politiques, la mise en œuvre de stratégies communes reste un défi de taille. La transparence du marché, notamment à travers le suivi du volume de broyage — indicateur clé de la demande industrielle —, apparaît comme une priorité.
Au-delà des aspects techniques, cette mobilisation se veut aussi un signal fort de solidarité envers les producteurs d’Afrique, d’Asie et des Amériques, confrontés à un environnement économique de plus en plus incertain.
De son côté, Michel Arrion a mis en lumière les avancées du dialogue entre pays producteurs et industriels. « Aujourd’hui, nous parlons tous de la réalité des prix et des enjeux de durabilité économique, sociale et environnementale », a-t-il déclaré.
La transformation locale du cacao figure également parmi les priorités de l’ICCO. L’organisation accompagne investisseurs et institutions financières dans l’évaluation de la rentabilité du secteur, tout en facilitant l’accès aux financements pour les acteurs de la chaîne de valeur.
Des groupes de travail ont par ailleurs été mis en place, notamment avec la Commission européenne, pour traiter des questions de sécurité sanitaire, incluant l’usage des pesticides. « Des avancées significatives ont été obtenues grâce au dialogue », a souligné le Directeur exécutif.
Dans ce contexte tendu, les industriels du chocolat adaptent déjà leurs stratégies. Parmi les tendances observées : réduction du taux de cacao dans les produits, recours à des substituts et développement de la « shrinkflation », consistant à diminuer la quantité tout en maintenant les prix.
Depuis son pic de fin 2024, le cacao a perdu environ 70 % de sa valeur. Selon les prévisions, le marché mondial devrait enregistrer un surplus sur la campagne 2025-2026, conséquence d’une hausse des récoltes combinée à une baisse structurelle de la demande.
Face à cette situation critique, les pays producteurs entendent faire front commun pour défendre les intérêts des millions de producteurs dépendants de l’or brun.
Affaire à suivre.

