À Lomé, la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) a commémoré le 5 octobre 1990, une date considérée par plusieurs acteurs de l’opposition comme un tournant majeur dans l’histoire politique du Togo. La cérémonie a été marquée par un devoir de mémoire, des témoignages sur les événements de 1990 et surtout par un message politique tourné vers l’avenir : la DMK affirme se préparer à une éventuelle transition politique.

Dans une atmosphère de recueillement, militants et sympathisants de la DMK se sont réunis à Lomé pour rendre hommage aux acteurs et aux victimes du soulèvement populaire du 5 octobre 1990.
Trente-six ans après les événements, la rencontre a également servi de cadre à une transmission de mémoire. L’histoire de cette journée a été racontée aux participants, notamment aux plus jeunes, afin de leur permettre de comprendre les circonstances dans lesquelles le mouvement de contestation est né et les événements qui ont contribué à l’ouverture du processus de démocratisation au Togo.
Le 5 octobre 1990 est notamment lié au procès de deux jeunes, Hilaire Dossouvi Logo et Tino Doglo Agbélengo, poursuivis dans une affaire de diffusion de tracts. La contestation qui s’est développée autour de leur procès a rapidement dépassé le cadre judiciaire pour devenir un mouvement politique et social de grande ampleur. Les événements ont contribué à ouvrir la voie au multipartisme et à la Conférence nationale souveraine de 1991.
La DMK veut inscrire le 5 octobre dans le présent
Au-delà du devoir de mémoire, la commémoration a pris une dimension résolument politique.
La DMK estime que les aspirations exprimées en 1990 n’ont pas encore été totalement réalisées et entend inscrire son action actuelle dans la continuité de cette mobilisation historique.
Dans un message audio diffusé à l’occasion de la cérémonie, Dr Edem Atsu Kwasi, présenté par les organisateurs comme président du Conseil d’État, a expliqué son absence du territoire national et appelé les Togolais à ne pas renoncer à leurs aspirations démocratiques.
Le message s’inscrit dans la volonté affichée par la DMK de maintenir la mobilisation autour de la question de la démocratie et de la souveraineté populaire.
La transition au cœur du message de la DMK
La coordinatrice de la DMK, Mme Yemeh, a pour sa part placé la question de la transition au centre de son intervention.
Selon elle, l’arrêt rendu par la Cour de justice de la CEDEAO le 29 janvier 2026 permettrait de remettre en cause le nouvel ordre institutionnel instauré au Togo. La DMK interprète cette décision comme un élément juridique permettant d’ouvrir la voie à une transition politique.
« L’arrêt de la CEDEAO qualifie la cinquième République d’anticonstitutionnelle et, à partir de là, le Togo est libre et il faut aller à une transition », a déclaré Mme Yemeh.
Cette lecture constitue la position défendue par la DMK. La question de la portée juridique et de l’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO fait toutefois l’objet de débats. Des analyses publiées en 2026 indiquent que la Cour a qualifié la réforme constitutionnelle togolaise de 2024 de « changement inconstitutionnel de gouvernement », tandis que la question de la mise en œuvre concrète de cette décision demeure discutée.
Assises nationales, amnistie et libération des détenus
Pour la DMK, une éventuelle transition ne devrait pas se limiter à un changement institutionnel.
Le mouvement demande d’abord la tenue d’une assise nationale inclusive, destinée à réunir les différentes composantes de la société togolaise autour d’un cadre de discussion sur l’avenir du pays.
La DMK réclame également une amnistie générale, qu’elle présente comme une condition permettant notamment le retour des exilés togolais, ainsi que la libération des personnes qu’elle considère comme des détenus politiques.
L’objectif affiché est d’éviter, selon le mouvement, de reproduire les difficultés et les divisions qui ont marqué la transition ouverte après le soulèvement de 1990.
Cette référence au passé est particulièrement significative. La période qui a suivi le 5 octobre avait certes permis l’ouverture politique et l’instauration du multipartisme, mais elle avait également été marquée par des tensions sociales, des violences, des divisions politiques et des difficultés institutionnelles. Une étude de l’Institut national de recherche et des sciences du Togo souligne notamment l’ampleur des mouvements sociaux et la politisation des revendications entre 1990 et 1993.
La SITO, le projet de transformation porté par la DMK
La DMK ne se contente pas de réclamer une transition. Le mouvement affirme disposer d’un projet destiné à accompagner cette nouvelle étape.
Il s’agit du Livre Blanc SITO, pour « Souveraineté Intégrale du Togo », présenté comme un document de propositions pour une refondation politique, institutionnelle, économique et sociale du pays.
Selon la DMK, ce projet doit permettre de rétablir la légalité, de renforcer la souveraineté nationale et de créer les conditions d’une transformation profonde du Togo.
Le document présenté par le mouvement prévoit notamment une nouvelle architecture institutionnelle, des mécanismes de transition, des assises nationales et différentes réformes touchant à la justice, à l’économie, à la gouvernance, à la sécurité, à l’éducation, à la santé et au développement territorial.
La DMK présente cette vision comme celle d’un Togo appelé à devenir, selon ses propres termes, « le phare et l’or de l’humanité ».
Du souvenir du 5 octobre à une nouvelle étape politique
La commémoration de cette année établit ainsi un lien direct entre le soulèvement de 1990 et les revendications politiques actuelles de la DMK.
Pour le mouvement, le 5 octobre représente davantage qu’une page d’histoire. Il constitue un symbole de mobilisation populaire et une référence pour les combats politiques actuels.
La DMK affirme être prête
À travers cette commémoration, la DMK veut donc donner un nouveau contenu à la mémoire du 5 octobre.
Le mouvement affirme être prêt à participer à une transition qu’il souhaite inclusive, accompagnée par la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies.
Pour la DMK, cette transition devrait tirer les leçons de celle des années 1990 : rassembler les forces vives du pays, permettre le retour des exilés, régler la question des détenus politiques et créer les conditions d’une refondation institutionnelle.
Trente-six ans après le soulèvement qui avait ouvert la voie au multipartisme, la DMK veut ainsi faire du 5 octobre non seulement une date de mémoire, mais également un point de départ pour une nouvelle étape politique.
Reste désormais la question essentielle : comment transformer cette volonté de transition en un processus consensuel, juridiquement encadré et accepté par l’ensemble des acteurs politiques et sociaux togolais ?
C’est autour de cette question que pourrait se jouer la prochaine étape du débat politique au Togo