jeudi, 17 septembre 2026

La médecine traditionnelle africaine cherche à changer de statut. Après plusieurs mois de préparation, les Awards des Praticiens de la Médecine Traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest (APMTAO) ont réuni à l’Université de Lomé des praticiens, des chercheurs, des universitaires et des représentants des pouvoirs publics venus notamment du Togo, du Bénin, du Ghana et du Nigeria.

La cérémonie, organisée par l’Organisation des Chercheurs et Médecins Holistiques, l’OCMH, se voulait d’abord une reconnaissance de celles et ceux qui exercent la médecine traditionnelle. Mais au fil des interventions, le rendez-vous a pris une dimension plus large : celle d’un plaidoyer pour une médecine traditionnelle mieux encadrée, davantage étudiée et capable de participer à la souveraineté sanitaire des pays africains.

L’ambition était déjà affichée avant la cérémonie. Le 25 août, une délégation de l’OCMH s’était rendue à l’Université de Lomé pour rencontrer le premier vice-président de l’institution, le professeur Komlan Batawila. Le même jour, des représentants de l’organisation avaient également échangé avec le ministère togolais de la Santé, notamment avec le responsable de la Division de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles. Ces rencontres témoignaient de la volonté des organisateurs de rapprocher les praticiens du monde universitaire et des institutions publiques.

Le lendemain, 27 août, l’OCMH poursuivait sa campagne de mobilisation auprès des acteurs institutionnels. Une délégation conduite par son président fondateur, le docteur Bohono Okogo Jacques Édouard, a rencontré le consul honoraire du Cameroun au Togo, Anatole Ndzie Onana. Une démarche destinée à renforcer les relais diplomatiques et régionaux autour des APMTAO.

Vendredi 28 août, dans l’auditorium de l’Université de Lomé, les distinctions ont finalement été remises aux acteurs du secteur.

Pour Bedi Djinekou Senam, président des APMTAO, cette reconnaissance ne doit toutefois pas être considérée comme une fin en soi. Elle implique au contraire davantage de responsabilités. Le message adressé aux praticiens distingués est clair : la reconnaissance publique doit désormais aller de pair avec la formation, la rigueur et le professionnalisme.

Cette exigence intervient dans un contexte où les promoteurs de la médecine traditionnelle dénoncent la multiplication des fausses promesses et des pratiques frauduleuses, notamment sur les réseaux sociaux. Les organisateurs veulent donc contribuer à distinguer les praticiens formés et identifiés des acteurs qui profitent de la popularité croissante des traitements traditionnels.

La question de la réglementation reste au cœur du débat. Dès le lancement des APMTAO, en juin, les organisateurs estimaient que le cadre juridique constituait l’un des principaux défis du secteur. Ils plaidaient notamment pour une meilleure définition du statut du praticien de médecine traditionnelle et de ses conditions d’exercice.

À l’Université de Lomé, le professeur Komlan Batawila a défendu une approche qui cherche à sortir de l’opposition classique entre médecine traditionnelle et médecine moderne.

L’enjeu, selon lui, est désormais de documenter les savoirs ancestraux, d’étudier scientifiquement les plantes médicinales, d’identifier leurs principes actifs et d’évaluer leur efficacité et leur innocuité. L’université se dit prête à contribuer à ce dialogue entre praticiens, chercheurs et professionnels de santé.

L’autre piste évoquée est la création de réseaux africains de recherche consacrés à la médecine traditionnelle. L’objectif serait de permettre aux chercheurs de travailler au-delà des frontières nationales sur des connaissances et des ressources thérapeutiques communes.

Cette volonté de rapprochement avec le monde scientifique était déjà perceptible lors de la rencontre du 25 août à l’Université de Lomé. Les APMTAO ne sont donc plus présentés uniquement comme une cérémonie de récompenses, mais comme un point de départ pour structurer un secteur encore largement informel.

Derrière la reconnaissance des praticiens se profile également une ambition économique. Les organisateurs défendent le développement de médicaments traditionnels améliorés fabriqués en Afrique. Ils y voient un moyen de créer des emplois, de mieux valoriser les ressources locales et surtout de réduire la dépendance vis-à-vis de produits de santé importés.

Le président des APMTAO a ainsi insisté sur la nécessité pour les acteurs africains de compter davantage sur leurs propres capacités. Selon lui, la santé est indissociable du développement et de la souveraineté des États. Il a également indiqué que plus de 97 % du financement du projet ayant conduit aux APMTAO provenait des contributions des membres de l’organisation.

Le représentant du ministère togolais de la Santé, le docteur Malou Koboyo, a pour sa part rappelé que la sauvegarde du patrimoine thérapeutique africain ne pouvait se limiter à la transmission des connaissances. Il faut aussi, selon lui, les documenter, les évaluer scientifiquement et renforcer la réglementation, avec une priorité constante : la sécurité du patient.

Les APMTAO avaient été annoncés en juin comme une première édition destinée à distinguer notamment des praticiens comptant au moins dix années d’expérience, des responsables de centres de traitement traditionnel et de couvents, ainsi que des promoteurs de médicaments traditionnels améliorés.

À Lomé, le message désormais porté par les organisateurs, l’Université et les représentants du ministère est celui d’une transformation du secteur : mieux former les praticiens, renforcer leur éthique, encadrer leur exercice, documenter les savoirs et encourager la recherche.

La question est maintenant de savoir si cette dynamique pourra dépasser le cadre des Awards et déboucher sur des mécanismes durables de coopération entre praticiens, chercheurs et pouvoirs publics.

Car derrière les trophées remis, c’est une question plus stratégique qui est posée : comment faire de la médecine traditionnelle africaine un patrimoine mieux protégé, mais aussi une ressource de santé publique, de recherche et de développement économique, sans renoncer aux exigences de sécurité et d’évaluation scientifique ?

À l’Université de Lomé, les différents acteurs semblaient au moins s’accorder sur un point : la reconnaissance des praticiens n’est que le début du chemin.

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