Avec l’essor des réseaux sociaux et l’accès croissant à internet, le cyberharcèlement gagne du terrain au Togo. Menaces, chantage, diffusion non consentie d’images intimes ou encore usurpation d’identité : les formes de violence numérique se multiplient. Face à cette évolution, l’Agence nationale de la cybersécurité (ANCy) affirme renforcer ses dispositifs de prévention, d’assistance et de réponse aux victimes.

Le phénomène touche aujourd’hui toutes les catégories de la population. Mais selon Dounwourgue Nagbandjoa, chargé de communication à l’ANCy, certains groupes demeurent particulièrement exposés. « Les jeunes âgés de 15 à 35 ans sont particulièrement concernés en raison de leur forte présence en ligne. Les femmes et les jeunes filles sont les plus vulnérables, notamment face aux formes de harcèlement à caractère sexuel ou sexiste », explique-t-il dans un entretien accordé à Savoir News.

Pour l’Agence, le cyberharcèlement ne surgit généralement pas de manière brutale. Il s’installe progressivement, souvent à travers une interaction banale sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie. Derrière l’écran, les auteurs cherchent parfois à exercer un contrôle, se venger d’un conflit ou obtenir des contenus personnels sous la menace.

« Le harcèlement numérique ne commence presque jamais de façon brutale. Il s’installe progressivement, souvent de manière insidieuse », souligne Dounwourgue Nagbandjoa. Une stratégie qui repose fréquemment sur l’isolement des victimes et leur difficulté à trouver rapidement de l’aide.

Face à ces situations, l’ANCy s’appuie sur le Centre national de réponse aux incidents informatiques (CERT.tg), chargé de recevoir et de traiter les signalements. Accessible en permanence, ce dispositif permet aux victimes de déclarer un incident et de bénéficier d’un accompagnement technique.

L’intervention débute par l’analyse des éléments transmis : captures d’écran, messages, liens ou autres preuves numériques. L’objectif est d’évaluer la situation, de sécuriser les comptes compromis et d’orienter les victimes vers les autorités compétentes lorsque des infractions sont suspectées.

« Dans de nombreux cas, cette intervention peut permettre d’identifier les auteurs, de faire supprimer les contenus illicites et de mettre fin aux agissements », assure le responsable. Selon lui, l’efficacité de la réponse dépend largement de la rapidité du signalement et de la conservation des preuves.

Au-delà du traitement des incidents, l’Agence mise également sur la prévention. Campagnes de sensibilisation, conseils de sécurité et promotion des bonnes pratiques numériques figurent parmi les leviers privilégiés pour limiter les risques. L’ANCy recommande notamment de renforcer les paramètres de confidentialité des comptes, d’éviter le partage de contenus sensibles et d’activer l’authentification à deux facteurs.

Cette stratégie préventive apparaît d’autant plus nécessaire que les formes de cyberharcèlement évoluent. La sextorsion, qui consiste à exercer un chantage à partir de contenus intimes, gagne du terrain. Plus récemment, l’utilisation de l’intelligence artificielle générative pour créer de faux contenus visuels ou sonores — les « deepfakes » — est venue complexifier davantage la lutte contre les abus numériques.

Pour répondre à ces nouvelles menaces, le Togo dispose déjà d’un arsenal juridique comprenant notamment la loi sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité, la législation sur la protection des données personnelles ainsi que plusieurs dispositions du Code pénal. Ces textes permettent de poursuivre des faits liés aux menaces, à la diffusion illicite de contenus ou aux atteintes à la vie privée.

Mais pour l’ANCy, la réponse ne peut être uniquement répressive. La lutte contre le cyberharcèlement repose aussi sur un changement des comportements et une meilleure éducation au numérique.

« Plus les citoyens, en particulier les jeunes, comprennent les risques et adoptent de bons comportements en ligne, moins ils sont exposés », insiste Dounwourgue Nagbandjoa.

Dans un contexte où les signalements sont en hausse, l’Agence estime que l’enjeu consiste désormais à renforcer la confiance des victimes dans les mécanismes d’accompagnement existants. Car derrière les statistiques, le cyberharcèlement continue d’avoir des conséquences bien réelles sur la santé mentale, la scolarité, la vie professionnelle et les relations sociales des personnes touchées.

Pour les autorités togolaises, la bataille contre ces violences numériques passera donc autant par la sensibilisation que par la capacité des institutions à réagir rapidement lorsqu’un signalement est effectué.

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